Home > Culture > 15E ANNIVERSAIRE MORT DE BLACK SO MAN : « CERTAINS ONT DIT QU’ON A TAPE SA TETE, JE DIS NON, J’ETAIS DANS LE VÉHICULE » (ADJI, EX COMPAGNE)

15E ANNIVERSAIRE MORT DE BLACK SO MAN : « CERTAINS ONT DIT QU’ON A TAPE SA TETE, JE DIS NON, J’ETAIS DANS LE VÉHICULE » (ADJI, EX COMPAGNE)

Cela fait exactement 15 ans que le musicien burkinabè Black So Man, de son vrai nom Bentogoma Traoré est décédé. A l’occasion du quinzième anniversaire de son décès, celle (Adjaratou Sanon alias Adji) qui était sa compagne s’est exprimée au micro de radio Omega. A cœur ouvert, Adji revient sur le tragique accident qui a couté la vie à l’artiste. Elle s’est aussi prononcée sur la personnalité de Black So man et l’héritage qu’il a laissé.

RADIO OMEGA(R.O) : 15 ans après la disparition de Black So Man, quel souvenir gardez-vous de lui ?

Adji (A.D): Le souvenir est resté tel comme si c’était hier. C’est un homme qui a traversé le temps. C’est vite passé, mais 15 ans ce n’est pas 15 jours. Dans nos vies et dans l’actualité musicale, c’est comme s’il était toujours là.

R.O : Quinze ans sont passés, Black So Man à travers ses chansons reste plus que jamais d’actualité, Qu’est-ce que cela vous fait ?

A.D : Cela nous fait plaisir. D’aucuns disent que c’est un prophète et le fait de rester ainsi dans l’actualité, c’est une confirmation. Il a prédit des choses qui se réalisent aujourd’hui. Comme si c’était une interpellation à l’endroit des populations.

R.O : Est-ce que vous organisez des activités pour rendre hommage et saluer la mémoire de Black So Man ?

A.D : Tout à fait. Il y a toujours eu des activités. Nous avons décidé que chaque cinq ans, nous marquons d’une pierre blanche, sa disparition. Pour les cinq premières années, j’ai sorti l’œuvre « 5ans déjà, Adji chante Black So Man ». J’avais repris cinq de ses titres. Il y a eu aussi les dix ans. La commémoration de ces dix ans a eu lieu au « Paradis des meilleurs vins » (Ndlr : Ouagadougou) sous la direction artistique de l’immense Bil Aka Kora. On avait repris ses titres. Pour ces quinze ans, nous avons discuté avec son fils, Latif Ange Fela Traoré. Ensemble, nous avons arrêté deux grands concerts à Ouagadougou à la place de la Nation et à Bobo-Dioulasso à la Place Tieffo Amoro. Nous allons inviter des artistes célèbres comme lui qui viendront reprendre ses titres pour le bonheur de ses fans. Le jeudi 23 mars nous allons inviter le monde culturel à un dépôt de gerbes sur sa tombe à 9h30 au cimetière de Gounghin (Ouagadougou). Le 16 avril, sa disparition fera 15 ans 1 mois jour pour jour. Nous sommes en train de voir avec les organes de presse notamment les télévisions et les radios si nous ne pouvons pas observer « La minute pour Black ». Pour ce concept, il s’agit d’arrêter la diffusion des programmes habituels pendant une minute. Nous espérons que cela sera possible, pour rendre hommage encore à cet artiste intemporel. En plus de cela, nous voulons négocier pour qu’on puisse jouer pendant 30 minutes que les chansons de Black So Man. Il n’était pas seulement qu’un artiste burkinabè, il était connu dans toute la sous-région, certains même pensaient qu’il était ivoirien. Il a traversé les frontières du Burkina Faso. Je pense qu’il mérite cet hommage.

R.O : Vous qui avez été sa compagne, vous avez été plus proche de lui, parlez-nous de l’homme, de ce que le grand public ne sait pas ?

A.D : Il avait le sens de l’humour, un homme gentil au grand cœur pour tous ceux qui l’ont côtoyé, ils vous le diront. C’était un homme plein d’amour, toujours prêt à aider son prochain. Il m’a surtout appris le don de soi. Dans le domaine musical, il me disait toujours de persévérer, de s’accrocher parce que c’est difficile dans la musique, mais qu’il faut toujours rester ferme.

R.O : Son titre « Adji » c’était bien dédié à vous ?

A.D : (Rires) ! Tout à fait, c’était le diminutif de mon prénom Adjaratou. C’était une belle chanson.

R.O : Il y a eu d’énormes polémiques autour de la disparition de Black So Man, sur le plan judiciaire est-ce qu’il y a quelque chose qui est fait ?

A.D : Non, rien du tout sur le plan judiciaire. Mais ce que je veux juste souligner, c’est qu’il y a eu un accident. J’étais dans le véhicule le jour de l’accident. Il tenait notre fils Latif dans ses bras qui n’arrêtait pas de pleurer. Il m’a passé l’enfant parce qu’il voulait que je lui donne à téter. C’est dans ce laps de temps que j’ai vu que la voiture partait à vive allure et apparemment la direction du chauffeur s’est bloquée et nous avons fait un premier choc, je me suis évanouis. Lui, (ndlr : Black So Man), ce que j’ai appris c’est qu’il n’avait pas sa ceinture et sa tête a cogné la vitre. Ce choc l’a mis finalement dans le coma. Il a été évacué à Val-de-Grâce (France), ensuite il est revenu au Burkina. Ça commençait à aller il était en train de passer sa période de convalescence et c’est dans cette période-là qu’il a décidé d’aller récupérer ses droits en Côte-d’Ivoire. N’étant pas sur place, je ne peux pas épiloguer sur sa mort en Côte-d’Ivoire. On sait seulement qu’il a été reçu à l’hôpital et malheureusement il est parti. Le fond, je ne sais vraiment pas, je n’ai pas tous les contours. Il y a eu des polémiques, certains ont dit qu’on a tapé sa tête, je dis non. J’étais dans le véhicule et c’est ce qui s’est passé que je vous ai raconté. Moi, mon seul regret est qu’il n’aurait pas dû repartir à Abidjan en pleine convalescence. Il devrait attendre un peu avant de s’y rendre. Mais là aussi, certains responsables de sa carrière ont aussi joué sur ce départ.

R.O : Aujourd’hui qu’est-ce que Black So Man laisse derrière lui comme héritage ?

AD : au-delà de son enfant Latif, je dirai qu’il a laissé derrière lui de nombreux messages de paix, d’amour et de conscientisation. Il laisse un héritage pour tout le monde, il suffit d’écouter ses chansons pour s’en rendre compte. Lorsque vous écoutez ses chansons, les messages qui y sont véhiculés permettent d’avancer dans la vie positivement sans faire de mal à son prochain. Pour moi, c’est le plus grand héritage qu’il a laissé en plus du « petit » bien sûr.

R.O : On peut dire qu’Adji et Latif sont à l’abri du besoin ?

A.D : Grâce à Dieu ça va. Même si ce n’est pas forcément lui ses droits. Je suis musicienne je tente de m’en sortir comme je peux. Avec son fils Latif, nous avons créé une entreprise et nous évoluons tout doucement. C’est vrai que ce n’était pas facile avec un orphelin en main. Je n’aimerais pas m’étaler sur ce sujet. Nous rendons seulement grâce à Dieu.

 

Entretien réalisé par Lamine TRAORE

 

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