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21 SEPTEMBRE 2015 – 21 SEPTEMBRE 2017, IL Y A DEUX ANS VICTOR DÉMÉ NOUS QUITTAIT

« Bonjour, ça fait longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles ici. Je vis tranquillement ma vie au Burkina, en composant des chansons, sans forcer les choses. J’en ai écrit assez pour vous préparer un nouvel album pour la fin de l’année, je vous en dis plus très bientôt… », annonçait Victor Démé sur les réseaux sociaux le 31 août 2015. Ce message du célèbre musicien burkinabè a été le dernier contact avec le grand public jusqu’à l’annonce officielle de sa disparition par son label Chapa Blues (Camille Louvel, Romain Germa, et David Commeillas) le lundi 21 septembre 2015.

« Soigné pour un palu depuis quelques jours, Victor a subi une nouvelle crise soudaine et violente ce matin, et il est décédé à huit heures sur le chemin de l’hôpital », écrivait le staff de la star burkinabè sur son compte Facebook. C’est dans son Bobo-Dioulasso natale, la ville où tout a commencé que Victor a tiré sa révérence. La mort de l’artiste le 21 septembre 2015 a été un « second » coup dur pour le peuple burkinabè, surtout les fans du musicien.

En effet, le pays était plongé dans une crise politico-militaire, le putsch manqué du général Gilbert Diendéré avait mis le pays sur « un pied ». Au moment où aucune manifestation n’était possible, tous les grands rassemblements interdits. L’équipe de l’artiste dans le même message qui annonçait sa disparition a d’ailleurs tenu à rassurer les populations, « cette désolante nouvelle n’a évidemment aucun lien direct avec les événements politiques en cours au Burkina ».

La disparition de Démé a suscité des réactions au Burkina Faso, en Afrique et partout dans le monde. Les canaux de communication brouillés dans le pays, les moyens de transport quels qu’ils soient perturbés à cause du coup d’Etat. La disparition du musicien a été peu « médiatisée » digne de son rang au regard des événements que vivait son pays. Cependant le monde artistique va se mobiliser quelques semaines plus tard pour lui rendre un vibrant hommage à la taille de l’immensité de son talent notamment au Burkina Faso et en France.

Au moins 200 musiciens à Paris, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso ont rendu hommage à Victor Démé. Des musiciens burkinabè tels que Alif Naaba, Bil Aka Kora, Amadou Diabaté ATT, Kantala Traore, Awa Sissao, Baba Commandant, Moustapha Maïga, Patrick Kabré, Salifou Diarra la troupe Dadia, Benkadi, Dtenu, Kas Kadee et bien d’autres étaient de la partie.

Victor Démé est né en 1962 d’une mère griotte et d’un père couturier. Passionné de musique, Démé va bourlinguer dans tous les maquis et petits « cabaret » de Bobo-Dioulasso.

Que de chemin parcouru?
Est-ce que même son entourage croyait encore à son potentiel artistique? C’était « mal le connaître ». C’est à 46 ans soit en 2008 que le musicien mettra son premier album baptisé en son nom « Victor Démé » sous la houlette du label « Chapa Blues Records ». Avec cette maison de production, c’est le début d’une histoire, d’une carrière internationale, d’un terrible et violent succès. L’œuvre peine à décoller.

Deux ans plus tard, le disque « Victor Démé » est vendu à au moins 40 000 exemplaires. L’artiste fait tabac à l’international. Il donne régulièrement des concerts à Londres, à Berlin et dans toute l’Europe. Même si au Burkina Faso ce succès est mitigé, de nombreux mélomanes découvrent Victor et reconnaissent en lui un grand talent.

En 2010 son deuxième opus est dans les bacs à disques. « Deli » est son nom. Le public est encore au rendez-vous. Victor Démé enchaîne les tournées. Toujours entre deux avions. Il n’oublie pas cependant d’où il vient. Le Burkina Faso reste sa base, sa source d’inspiration. Il a toujours trouvé du temps pour son pays. Alors que son troisième album était bouclé toujours avec le label « Chapa Blues Records », Victor présent au pays pour les derniers réglages pique une crise de paludisme. Le musicien se bat contre la maladie et se relève peu à peu avant de faire une rechute.

Nous étions lundi 21 septembre 2015, Victor sur la route de l’hôpital meurt. C’est la désolation, la tristesse et la consternation. C’est une étoile qui a tardé avant de briller qui s’est éteinte si tôt.

Le troisième album de Victor Démé « Yafakè », « Le pardon » sort à titre posthume le 27 novembre 2015, soit à peu près deux mois après sa disparition.
Salut l’artiste!

Lamine Traoré

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