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Démission du gouvernement : Ce que le jeune «Cow-boy» Tahirou Barry n’a pas dégainé

Pas d’immixtion, pas de censure, en toute liberté, il a parlé. Deux semaines après sa démission fracassante de son poste de ministre de la Culture, Tahirou Barry s’est expliqué, chargeant de bout en bout le chef de l’État, le chef du gouvernement et ses anciens collègues sans une seule fois dire qu’il n’avait pas les mains libres de remplir sa mission au ministère de la Culture.

Sur les raisons de son départ on peut en retenir deux points essentiels :

1.Le jeune naïf incompris et les vieux cow-boys désespérés

Tahirou Barry a insisté sur sa jeunesse et sa naïveté lorsqu’il faisait son entrée dans le gouvernement de Paul Kaba Thieba. «Je n’ai pas été écouté», a-t-il répété faisant référence à ses idées de réduction du salaire des membres du gouvernement ou encore de voyages ministériels en classe économique plutôt qu’en classe affaire. Mais il s’est soumis à cette époque. « J’étais obligé de voyager en classe affaire, je ne pouvais pas me désolidariser… On allait dire que c’est un jeune inconscient qui ne mesure pas les enjeux de ses actes, qui est venu et qui repart alors qu’on a besoin de temps…», se défend le démissionnaire.

L’ex ministre de la Culture assimile également le président Roch Kaboré, une «personnalité aux grandes qualités humaines, mais qui semble profondément endormie au milieu d’un feu de brousse », à un vieux cow-boy désespéré. «Quand on a affaire à un vieux « cow-boy » désespéré, il agit dans la précipitation sans calcul. Le « cow-boy » désespéré pose des actes sans calcul et souvent sans la moindre précaution. Ce n’est qu’une image que j’ai utilisée pour présenter la situation… » explique Tahirou Barry qui en veut pour preuve le fait que le chef de l’État aurait décidé de mettre en œuvre la plateforme revendicative des magistrats sans y associer le ministre de la Justice ni consulter le gouvernement : «Si j’étais à la place de mon frère et ami Bagoro, en bon gourounsi, j’allais rendre le tablier. Je me rappelle personnellement avoir dit en Conseil des ministres que chaque fois que la satisfaction d’une revendication interviendra après une grève, on érigera désormais les grèves en règle au lieu d’en faire l’exception. La suite m’a donné raison : plus de 80 mouvements de grève et près de 300 jours d’arrêt de travail à cause de l’acte qu’il a posé et qui a envoyé un mauvais signal aux autres syndicats.»

2. Ce n’est pas une fuite en avant
C’est avec un rictus que Tahirou Barry répond à la question de savoir s’il n’a pas devancé une éventuelle éviction du gouvernement suite à une décision qui lui serait défavorable dans la crise au sein de son parti, le Paren. «La question de récépissé n’est pas tranchée, souligne-t-il.

En septembre, nous avons reçu une correspondance du ministère indiquant que la requête de délivrance de récépissé par les faiseurs de rencontre qualifiée de congrès sera examinée conformément au bloc de légalité auquel est assujetti le Paren, c’est-à-dire la loi sur la charte des parti politique les statuts et les règlements intérieurs, ce que nous avons toujours souhaité, alors je suis surpris.» Et de rappeler que son «grand frère Bado» a également dit qu’il n’allait pas demander son remplacement au ministère de la Culture. «Objectivement, vous pensez que la décision avec tout ce qu’il a comme prérogative va s’appuyer sur un récépissé ? Il pouvait me limoger à tout moment pendant ma mission. Mais dans ce pays, il y a toujours des gens qui préfèrent regarder le doigt quand on leur montre la lune».

Les images, celui qui fait sien l’adage selon lequel : Quand un homme refuse il dit non, en fait beaucoup usage pour justifier pourquoi il ne pouvait plus continuer toujours à accompagner un régime sans le cœur.

Mais une question demeure. : Qu’est-ce-qui empêchait Tahirou Barry de travailler concrètement dans son ministère ?

Lui qui a refusé de rejoindre sa villa ministérielle (il n’est pas le seul), qu’est-ce qui l’empêchait donc d’installer véritablement ses pénates au sein du département ministériel dont il avait la charge? Sur cette question, le jeune cow-boy semble à cours de munitions car on n’arrive toujours pas à cerner ce qui l’empêchait de capitaliser le bilan positif qu’il tire lui-même des 22 mois passés à la tête du ministère.

Instauration des trésors humains vivants, déconcentration et décentralisation effective du ministère, inventaire du patrimoine culturel immatériel, réhabilitation des infrastructures culturelles comme le CENASA, l’INAFAC,…. Les exemples sont légion et laissent croire que l’herbe était verte dans la prairie que le jeune cow-boy a choisi d’abandonner. Des non-dits que l’on espère voir dégainés bientôt car le Burkina Faso est une savane.

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