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« Le Burkina est en train de s’installer dans la spirale du terrorisme» maxime Koné

L’invité de la rédaction de ce jeudi 2 juin 2016 est le député Maxime Koné, expert des questions de terrorisme. Il se prononce sur les attaques terroristes à répétition au Burkina.

 

Le Burkina vient d’être frappé à nouveau par une attaque qualifiée de djihadiste. Quelle est votre lecture de cette attaque ?

Il convient d’abord de rappeler que depuis un certain temps notre pays fait l’objet de beaucoup d’attaques. C’est pour vous dire que le Burkina est en train de s’installer dans la spirale  du terrorisme. C’est pour vous dire que cette menace devient une constance, c’est une menace avec laquelle  nous devons désormais vivre et nous devons nous préparer constamment

Pourquoi c’est la région du Sahel qui est fréquemment touchée par ces attentats ?

Cette partie est particulièrement la cible parce qu’elle se situe entre le Mali et le Niger qui sont déjà dans une situation conflictuelle avec les groupes djihadistes notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) à travers le groupe Al Mourabitoune. Et n’oubliez pas qu’avec les récents événements qui se passent en ce moment en Syrie, une intervention très musclée de la Russie dans ce pays fait que beaucoup sont en train de se replier vers la Libye. Alors si on atteint la Libye, la bande sahélo-saharienne est facilement atteinte. Malheureusement nous nous situons géographiquement dans cette zone à partir de la Mauritanie en passant par le Mali, le Niger, toutes les zones sont des zones de prédilections à cause de la géographie qui est difficile.

On sait que cette zone est classée zone rouge comment se fait-il que les autorités n’arrivent pas à prévoir et à éviter les attaques terroristes ?

Ce qu’il faut dire est que même les armées les mieux entrainées, les plus aguerries ont des difficultés à faire face à la menace terroriste. Donc il faut que malgré la volonté de nos autorités, nous faisons face à une situation mondiale. Il faudrait forcement qu’il y ait un concours de tous les autres Etats, une mutualisation et une très bonne coordination entre le Burkina, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad.

Parlant de mutualisation on voit qu’il y a l’opération barkhane qui sévit dans cette zone et  la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) au Nord du Mali. Comment comprendre que malgré ces forces, les terroristes continuent de se balader aisément au niveau des frontières ?

La zone du sahel est une zone très vaste malgré la quantité des militaires qu’on peut déployer, il est très difficile de maîtriser cette zone. L’opération barkhane ne compte que 3500 hommes qui, à eux seuls ne peuvent pas assurer la sécurité de cette zone. Même les forces des Nations Unis qui sont aussi à côté, il est difficile. Aussi quand vous regardez les zones de prédilections ce sont des zones qui sont extrêmement pauvres et où l’Etat est faiblement représenté. Et nous avons une situation très favorable qui les permet de pouvoir cohabité, de préparer les attentats, de les commettre. Souvent les populations sont au courant mais les gens ne réagissent pas. Donc c’est qu’il faudrait en plus de l’action militaire, mettre l’accent sur le développement dans ces différentes zones. Et je crois que pour le cas de notre pays, il faut continuer à entraîner nos hommes d’une formation très spécifique.

Parlons de formation, beaucoup affirment que ces attaques ont lieu parce que le RSP a été supprimé.  Qu’en pensez-vous ?

Je crois que c’est un argument facile. Les terroristes agissent toujours dans un contexte d’Etat fragilisé.   Je crois que notre armée doit se reformer structurellement pour faire face à cette nouvelle menace. Il faut une formation adaptée, il faut des renseignements, il faut de l’équipement et aussi une réponse communautaire. Il faudrait que les populations participent aux renseignements

Alors vous êtes député, au niveau de l’Assemblée Nationale qu’est-ce qui est fait pour pouvoir lutter contre le terrorisme ?

Notre Assemblée ne peut que se référer et internationaliser les instruments judiciaires. A mon entendement il faudrait qu’on puisse donner plus de marge de manœuvre aux magistrats et aux forces de l’ordre pour qu’ils puissent mieux faire leur travail. Si on se réfère au cas du Nigéria où sous couvert de la lutte contre le terrorisme on a pu installer des lois qui sont sclérales, des lois discriminatoires.

 

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