Home > Tribune Libre  > Dialogue social au Burkina : L’UAS souhaite qu’il soit empreint de vérité

Dialogue social au Burkina : L’UAS souhaite qu’il soit empreint de vérité

L’invité de la rédaction de ce mardi 1er mars 2016 est le secrétaire général de la confédération générale du travail du Burkina Faso, Bassolma Bazié, Il se prononce suite aux différentes rencontres tenues la semaine dernière entre le gouvernement et les syndicats. Les mouvements syndicaux disent être d’accord pour le dialogue, toutefois il doit être empreint de vérité et non d’inexactitude.

 

Vous avez rencontré le ministre en charge de la fonction publique, qu’est ce qui est ressorti de cette rencontre ?

C’est tout simplement une mise au point sur les engagements pris par les autorités de la transition contenus dans le communiqué final qui a été signé le vendredi 11 septembre 2015. L’autre élément c’est qu’il y a eu une mise au point et un recadrage des propos du premier ministre par rapport à un certain nombre de points. Non seulement le nombre d’engagements mis en œuvre mais aussi le montant. Il a évalué la mise en œuvre de la loi 013 qui selon lui portait à 40 milliards de francs CFA.

La loi 013 qu’est-ce que c’est ?

La loi 013 c’est la loi qui porte sur la réforme générale de la Fonction publique qui a été relue par le Conseil national de la transition (CNT) et qui est devenue aujourd’hui la loi 081 qui a été adoptée le 24 novembre 2015. Il a estimé que sa mise en œuvre était évaluée à 40 milliards de francs CFA, il a même insisté la dessus, c’est inexact. La mise en place de cette loi à travers l’ensemble des ateliers devait prendre des décrets et les soumettre au gouvernement, ces ateliers ont été évalués autour de 915 8O1 OOO de francs CFA. L’impact direct financier de la loi s’élève à 19 997 110 115F. Si on doit faire un total, cela doit faire un total de 20 912 920 115F. Donc, il y a une différence de 19 870 907 885.

Donc, on peut constater qu’il y a un couac qui est émis ?

Justement nous déplorons cela parce que les autorités nous ont toujours habitués à faire de l’inexactitude. C’est d’autant déplorable que ce soit un premier contact avec le premier responsable du gouvernement. Nous, nous sommes d’accord avec le dialogue social mais il faut qu’il soit un dialogue social qui soit empreint de courtoisie, emprunt du respect de l’engagement et aussi empreint de vérité et non d’inexactitude. Même la mise en œuvre des engagements qui ont été pris, qui sont au nombre de 19, il a dit qu’il y a eu 5 engagements qui ont été mis en œuvre, ça aussi c’est inexact. Il y a un seul engagement qui a été mis en œuvre, il y a quatre autres qui sont en cours, donc il y a 14 qui sont en attente.

Avec ce premier contact, comment vous entrevoyez vos relations avec les nouvelles autorités ?

Les relations avec les autorités actuelles, moi je ne les appelle pas nouvelles autorités, puisque ce sont des gens qui ont géré le pays pendant plus d’un quart de siècle. Je dis qu’il faut que nos relations soient articulées autour d’un langage franc, un langage de vérité et non des fuites en avant. De ce point de vue on ne va pas changer de comportement. Nous, notre rôle, c’est un rôle de contrepouvoir, nous allons contrôler l’action, nous allons interpeller, nous allons dénoncer, si ça ne va pas nous allons prendre nos responsabilités. Ceux qui ont battu campagne et qui se sont fait élire doivent s’assumer par rapport à leur rôle et à leurs engagements politique, économiques, social et culturel.

Vous avez affirmé au cours de votre cérémonie de vœux de nouvel an que le gouvernement est comptable des mauvais agissements de certains agents de la fonction publique, qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Premièrement, quand vous recrutez quelqu’un au niveau de la Fonction publique dont son salaire est prévu avant son recrutement, je prends un exemple, s’il a été recruté et s’il habite Niangoloko, vous l’affectez à Diapaga, et que l’intéressé doit végéter dans cette situation pendant 1 an, voire plus, à courir derrière son salaire sans être payer. La question qu’on se pose ici il vit de quoi ? C’est que c’est le gouvernement qui a créé cette situation. Et l’intéressé est obligé de trouver d’autres voies pour pouvoir s’adapter et survivre. Il est clair qu’après une année même si le salaire est établi, il aurait acquis un type de comportement qui ne soit pas moralement acceptable qu’il aura des difficultés à s’en défaire.

Deuxième élément, quand un fonctionnaire fait deux ans et qu’il est bien noté, cela veut dire qu’il doit passer à un échelon supérieur, c’est cela qu’on appelle les avancements dans la fonction publique. Le gouvernement a fait un cumul à l’heure actuelle de 18 313 303 700 F comme cumul des salaires des fonctionnaires. C’est un manque d’exemplarité, à la limite du laxisme de la part des autorités.

Troisième élément, les autorités de la transition, le premier ministre d’alors Isaac Zida nous avait promis qu’il y a 18 milliards qui avaient été dégagés pour faire face à cette situation. Nous nous rendons compte que c’est un pur mensonge puisque rien n’a été fait.

Quatrième élément, la même transition nous a soumis à une opération billétage commando dont les retombés ont été évaluées à un gain de 2 728 421 472 F CFA. Aujourd’hui, personne n’est à mesure de nous dire exactement à quoi cela a servi ? Nous avons aussi revendiqué à ce qu’il y ai des audits des différents ministères et institutions. Les autorités trainent les pieds, pourquoi ? Quand vous prenez la déclaration des biens, c’est fait avec de la complaisance. Est-ce que cela donne l’exemple ?

De la complaisance, c’est-à-dire ?

C’est de la complaisance, parce que quand vous prenez la déclaration de biens du premier responsable à savoir Roch Marc Kaboré, vous savez, vu que le REN LAC a fait une déclaration disant qu’il y a des parties qui sont incompréhensibles et qui ne sont pas conformes aux exigences de la loi. Donc, c’est ce que nous appelons complaisance. Vous prenez le train de vie de l’Etat, un ministre qui est nommé aujourd’hui, s’il y a un remaniement ministériel après et s’il n’est plus ministre, il doit continuer de toucher son salaire pendant 6 mois avec tout autre accompagnement y compris.

Prenez pour le dernier élément les députés qui ont estimé avoir réduit leur salaire, 900 000FCFA ça fait à peu près 30 fois le Smig dans notre pays qui est 30684F. Donc, il n’est pas honorable pour un honorable député de dire qu’il a réduit son salaire. Cela nous fait rire.

Actuellement le Burkina Faso enregistre la grève des magistrats, une grève d’une semaine, quelle appréciation faites-vous de cette grève ?

L’Unité d’action syndicale (UAS) a pris position en soutenant cette grève de façon très ferme. Parce que toute action qui va dans le sens de la conquête de l’indépendance de la magistrature, de la justice, nous sommes pour. Parce que le système qui est en cours, qui a duré un quart de siècle, a fabriqué dans le système judiciaire des juges acquis. Pour s’en défaire cela ne sera pas pour un ou deux ans.

Le ministre de la sécurité affirme que la priorité du gouvernement c’est la sécurité, quelles est votre réaction sur cette déclaration du ministre…

Pendant la présentation de vœux du collectif syndical, nous avons dit que c’est bien de s’attaquer aux conséquences, mais il serait mature et mieux de s’attaquer aux causes. Et pour nous, la question de l’insécurité et tout ce qu’on dit aujourd’hui, c’est un manque de justice, justice sociale, justice politique, culturelle et justice à tous les niveaux. Donc, s’il n’y a pas de justice et qu’on se concentre à s’attaquer à l’insécurité parce que c’est cela qui est une priorité j’ai bien peur qu’on prenne l’ombre pour la proie.

Des actions à votre niveau dans les jours à venir ?

Il est clair qu’il y aura des actions dès lors qu’on a des propos qui tendent à donner l’impression qu’on veut remettre en cause les acquis des travailleurs, la mise en œuvre d’un certain nombre d’engagements qui ont été pris, il est clair que nous n’allons pas rester les bras croisés. Ils sont déjà prévenus.

Tu pourrais aussi aimer
Diplomatie : Hamidou Touré, l’ambassadeur du Burkina en Ethiopie décédé
SPORT : LES ETALONS LOCAUX EN OUZBÉKISTAN POUR UN MATCH AMICAL
Jeux Olympiques 2016 : Le programme de passage des burkinabè
Baisses de pression, voire coupures d’eau à Ouagadougou

Laisser un commentaire