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Justice pour les martyrs : Le MBDHP appelle la Transition à mettre un terme à toutes tergiversations

Ceci est une déclaration du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) relative au premier anniversaire de l’insurrection populaire. Le MBDHP y donne sa position sur la mise en place de la Commission d’enquête indépendante qui travaille sur les évènements d’octobre 2014.

Le 30 octobre 2015, cela fera un an que notre Peuple, dans un sursaut patriotique salvateur s’est dressé comme un seul homme pour mettre en échec le projet funeste et cynique du capitaine Blaise COMPAORE et de son clan de tripatouiller une fois de plus la Constitution du 2 juin 1991 en vue de s’assurer un pouvoir à vie. Ce mouvement populaire massif a conduit au renversement du régime Compaoré et à la fuite des principaux dignitaires de ce pouvoir.

Une fois de plus, le MBDHP salue cette lutte héroïque du Peuple burkinabè. Il réitère ses condoléances les plus attristées aux familles éplorées et s’incline devant la mémoire des martyrs.

Pour le MBDHP, l’insurrection populaire d’octobre 2014 constitue une étape importante de la crise que traverse notre pays depuis 1998, date de l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO et de ses compagnons d’infortune. Elle est l’aboutissement d’un long processus de conscientisation des populations, de maturation de la conscience citoyenne et politique de notre Peuple et de développement de l’esprit de lutte et de sacrifice en son sein. Cette insurrection s’inscrit donc dans le cadre plus vaste de la lutte héroïque du peuple burkinabè pour la liberté, la démocratie et le progrès social véritable.

Les journées insurrectionnelles des 30, 31 octobre et 02 novembre 2014 ont connu de multiples violations des droits humains que notre Mouvement a consignées dans un rapport spécialement rédigé à cet effet.

Un an après l’insurrection populaire historique des 30 et 31 octobre 2014 et au moment où la nation toute entière se souvient et s’apprête à honorer la mémoire des personnes tuées pour la liberté et la démocratie dans notre pays, le MBDHP rappelle que cette insurrection a fait 34 morts dont 19 personnes tuées par balles, principalement par les balles d’éléments de l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP).

Dans le souci de contribuer à la manifestation de la vérité et de la justice et face à l’inertie des autorités politiques et judiciaires, le MBDHP a, le 31 mars 2015, initié des procédures auprès du doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance (TGI) de Ouagadougou, du président du Conseil national de la transition (CNT) et du ministre de la défense, pour assassinats, tentatives d’assassinats, complicité d’assassinats et de tentatives d’assassinats.

A ce jour hélas, la justice se fait toujours attendre. Pourtant, le gouvernement de transition a signifié à maintes reprises à l’opinion publique que des procédures judiciaires avaient été enclenchées en vue de la manifestation de la vérité sur les crimes commis pendant l’insurrection populaire.

Malgré ce discours et à la surprise générale, le même Gouvernement annonçait à l’issue d’un conseil des ministres tenu le 02 septembre 2015 la création d’une commission d’enquête indépendante « chargée de mener des investigations afin de déterminer les responsabilités en ce qui concerne les morts et les blessures enregistrées au cours de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et des manifestations des 1er et 2 novembre 2014 ».

Pourquoi créer une commission d’enquête indépendante si des procédures judiciaires impartiales sont effectivement en cours ? Et pourquoi maintenant, à quelques semaines de la fin de la transition ? Quelles sont les garanties que les travaux de la commission d’enquête ne subiront pas le même sort que les travaux de la commission d’enquête indépendante créée en 1999 après l’assassinat de Norbert ZONGO et de ses compagnons ?

Ce sont là autant de questions que se pose le MBDHP et qui ont fondé sa décision de ne pas participer à la commission d’enquête indépendante initiée par le conseil des ministres du 02 septembre 2015.

Pour le MBDHP, la chute de Blaise COMPAORE avait fait naître légitimement l’espoir de la fin de l’impunité dans notre pays. Malheureusement, un an après, le pouvoir de la transition ne s’est pas montré à la hauteur de cette aspiration populaire. Pour preuve, les dossiers les plus emblématiques restent en l’état malgré les discours prometteurs des autorités.

Au regard de cette situation, le MBDHP appelle une fois de plus les autorités de la transition à :

– Mettre un terme à toutes tergiversations et à œuvrer de façon concrète et efficace à la manifestation de la justice notamment pour les martyrs de l’insurrection populaire ;

– Accorder de façon effective le statut de pupille de la nation aux enfants des martyrs tombés lors de l’insurrection populaire.

Le Mouvement invite par ailleurs les populations à :

– Renforcer la mobilisation populaire et à poursuivre la lutte contre l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques en exigeant du pouvoir de la transition et des pouvoirs à venir la vérité et la justice pour les martyrs de l’insurrection populaire et pour toutes les autres victimes de crimes impunis dans notre pays ;

– Saisir l’occasion de l’ouverture de la campagne électorale à venir pour interpeller, sous diverses formes indiquées, tous les candidats sans discrimination sur la lutte contre l’impunité dans notre pays.

Non à l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques !

Vérité et justice pour les martyrs de l’insurrection populaire et
pour toutes les autres victimes de crimes impunis !

Ouagadougou, le 29 octobre 2015

Le Comité exécutif national

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